France Inter : loin de la justice numérique rêvée par le gouvernement, greffiers et magistrats au bord de la crise de nerf informatique

France Inter : loin de la justice numérique rêvée par le gouvernement, greffiers et magistrats au bord de la crise de nerf informatique

Jeudi 15 février 2018, par Théophile LE DIOURON

Publié ce jeudi 15 février 2018 à 6h01 par France Inter
Syndicats des magistrats et des fonctionnaires se mobilisent ce jeudi pour alerter le gouvernement sur les besoins réels de la justice, alors que le gouvernement lance de grands chantiers, en particulier sur la transformation numérique. Sauf que sur le terrain, le matériel ne suit pas et les logiciels sont inadaptés.

Réforme France Inter courd appel de Versailles 15 février

La cour d’appel de Versailles

Les "chantiers de la justice" lancés par le gouvernement répondent-ils aux besoins essentiels en la matière ? L’ensemble des syndicats de la justice (magistrats et fonctionnaires) appellent ce jeudi à une mobilisation "pour une justice de qualité". 
Une telle action unitaire ne s’était pas vue depuis 2011, mais le constat n’a pas vraiment changé depuis : avec 1,8 % du budget de l’État, soit 64 euros par habitant, le budget judiciaire de la France est le 23e sur 28 au sein de l’Union européenne. Les syndicats souhaitent ainsi recentrer le gouvernement sur le plus important et prennent en exemple "la transformation numérique", premier de ces chantiers. 

"L’âge de pierre"

A l’heure d’une numérisation globale de l’État, dans les tribunaux on demeure à l’âge de pierre... Ou plutôt du papier. 
Beaucoup de petites enquêtes de police ou de gendarmerie arrivent encore au tribunal sur papier. Tribunal où nombre de magistrats et de greffiers s’usent sur des logiciels obsolètes ou inadaptés, comme au pénal avec Cassiopée. Une solution tellement "inadaptée", selon la greffière et déléguée Unsa à Paris Fadila Taieb, que l’un de ses collègues a surnommé le logiciel "Casse-pieds".
"Parfois ça ne passe pas, ça se défait tout seul, déplore la greffière. On s’arrache les cheveux, on s’énerve et on est effectivement amenés à faire du travail manuel, un petit peu à l’ancienne..."

"Déboires numériques"

Des déboires numériques qui ne s’arrêtent pas à l’instabilité d’un logiciel. Sylvie Daunis, juge et déléguée de l’USM à la cour d’appel de Versailles évoque la vétusté des postes de travail qui "en plein travail, s’arrête[nt] et on n’a plus rien, si ce n’est un écran noir, parce que l’ordinateur est arrivé au maximum de sa mémoire".
Pire encore, quand les soucis informatiques vont jusqu’à perturber une audience. La semaine dernière, raconte la juge, c’est le réseau internet qui a lâché alors qu’un détenu était entendu par visioconférence : 
"Toutes les dix minutes, tout s’arrêtait. Il fallait rappeler le centre de détention pour rétablir la connexion. C’est très lourd pour la personne qui est en train de nous expliquer sa situation - une demande de remise en liberté."  

Plus d’informations :
https://www.franceinter.fr/justice/loin-de-la-transformation-numerique-pronee-par-le-gouvernement-les-tribunaux-sont-toujours-a-l-age-du-papier